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Naturalistes du Bugey

Coup d’oeil sur une épopée

4 Août 2021, 14:00pm

Publié par Philippe

Avant de poursuivre le récit des explorations botaniques de nos amis Naturalistes, voici un topo rédigé par Philippe concernant l'historique de ces montagnes du sud Dévoluy bien malmenées par les hommes...

Pierre ayant proposé d’aller voir ce qui pousse plus haut et plus au sud, nous sommes donc partis écumer le sud du Dévoluy, la montagne de Ceüse et autres lieux.

Iris jaunâtres, chardons blanche-épine et autres ibéris du mont Aurouze étaient au rendez-vous, j’ai aussi tripoté moult pigamons afin de m’assurer qu’ils étaient petits ou bien fétides et me suis compliqué l’existence avec un Monochamus sutor dont je ne suis pas encore sûr…

Monochamus sutor

Monochamus sutor

Trêve de botanique, oublions les longicornes.


Le village des Sauvas, ces quelques maisons n’ont pas toujours eu le même environnement forestier, un poster, daté de 1889, dans le gîte qui fut le nôtre résume cette époque

Coup d’oeil sur une épopée

Les autochtones pour survivre, sciaient la branche qui les portait,

le « pays noir » de jules César (noir car densément boisé, 50 ans avant J-C) avait, depuis le Moyen-Age et la Révolution tourné à la prairie dégradée entre démographie, élevage et cultures, même les Chartreux, propriétaires des lieux, semblent avoir eu une très courte vue, aggravant l’érosion par le défrichement et la mise en culture… ).

En 1789, le cahier de doléances de Montmaur disait : «L’état des bois est de fort petite valeur… à peine pouvant subvenir aux besoins de la communauté». Il attirait aussi l’attention sur les inondations et les engravements, les routes coupées (même celle de Veynes à Gap), ponts emportés dont était victime cette cité. Plus d’arbres, une herbe maigre, les freins aux débordements de la Sigouste et autres torrents et à l’érosion n’existaient plus…

1889 !!! La restauration des secteurs critiques commence : en particulier celle des griffes d’érosion résultant de l’affouillement par les hautes eaux de la Sigouste que domine les Sauvas

2015 !!!

Voici les lieux tels qu’ils sont aujourd’hui et même si des travaux s’imposent toujours, le hameau est bien moins menacé…Nous sommes loin des griffes d’érosion de 1889 qui mettaient le hameau au bord du gouffre.

Coup d’oeil sur une épopée

Il faudra attendre le début du XIXème siècle pour que l’administration des Ponts et Chaussées s’engage dans la sécurisation des routes surtout par la construction de digues…

Mais l’essentiel restait de limiter l’érosion et le transport de matériaux depuis l’amont, c’est là que l’Etat va intervenir, la simple mise en défens ne suffisant pas : achats à l’amiable des terrains, expropriations… Avec les problèmes de délimitation, de propriétés indivises… qui vont avec !

Les Eaux & Forêts ont alors pris le relais pour reboiser, les villages rachetés sont devenus des bases abritant ouvriers et gardes forestiers et aussi des pépinières.

Celle des Sauvas produisait 180 000 plants l’an (je présume en majorité des pins noirs d’Autriche ainsi que des mélèzes?), des chemins carrossables, des sentiers ont été ouverts (70Km). Les forestiers pour cette mission ont utilisé toutes sortes d’essences : pins noirs, mélèzes quelquefois épicéas, feuillus pour les ravins (saules, peupliers, aulnes blancs… jusqu'au cytise pour les zones rocheuses !

Coup d’oeil sur une épopée

La plantation encore toute jeune, entre celle-ci et les chemins, combien de coups de pioche?

Qui se souvient des hommes qui les ont donnés?
Quand le sol était trop ingrat, pour augmenter les chances d’avoir un jour un arbre, on plaçait plusieurs plants par potet (le trou où l’on place le plant), du fumier de mouton, un apport de terre pouvait être aussi réalisé… Tout cela a plutôt bien fonctionné. A noter que la tentative, moins lourde de semer des graines de pins et autres arbres a globalement échoué…

Les Alpes du sud, le Massif Central et puis les Landes autant de réussites d’un XIX ème siècle français par ailleurs critiquable : de grands et longs travaux : 50 ans pour les Sauvas et ses environs, des effets pas toujours immédiats et nécessitant d’être suivis, comme disait en 1984 un responsable du service Restauration des Terrains en Montagne : « Bien que la Sigouste ait été calmée dans une grande mesure, elle demeure impossible à dompter définitivement. »

Mais sans cette nouvelle forêt, malgré les digues, le béton, la plaine en aval serait un champ de cailloux…

vallée de la Sigouste
vallée de la Sigouste

vallée de la Sigouste

vallée de la Sigouste en 2021

vallée de la Sigouste en 2021

Pour Joseph Roux, dernier habitant en 1873 (enfin avec son épouse et ses six enfants), la vue était imprenable! Mais peut-être que trouver un acheteur et s’en aller vers une autre vie lui convenait…

Juillet 2021 La forêt dissimule les Sauvas et son gîte

Coup d’oeil sur une épopée
Coup d’oeil sur une épopée

Pour ceux ne connaissent pas les lieux, cette carte vous permettra de situer…

Coup d’oeil sur une épopée

Enfin, Il convient de citer mes sources : Photographiques et documentaires : le service RTM de Gap, (Merci Cédric !) & les archives départementales du 05.

 

Philippe

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